Les vieux

Publié le par Cypora Herzhorn

ILS ME SEMBLENT SI VIEUXIl y a bien longtemps que rien ne les désarme :
Où est-il celui-là qui lui offrait des fleurs ?
Où est-elle l’aimée qui lui donna son cœur ?
Le temps les a semés et plus rien ne les charme.

Mais, j’en croise, parfois, au détour du chemin
Trottinant, pas à pas, au déclin de leur vie,
Ils se tiennent la main comme de grands gamins
Ou s’embrassent, touchants, sous mes yeux attendris.

Car, après tant d’années de bonheur et d’épreuves,
Ils n’ont pas oublié que leur vie fut amour,
Ce qu’il en reste en eux s’en gorge et s’en abreuve,
Pour s’en désaltérer jusqu’à la fin des jours.

Il arrive, pourtant, que la mort les enlève
Emportant, sans retour, Chimène ou Valentin,
Et celui qui demeure erre seul sur la grève
Maudissant le destin qui le laisse orphelin !

Ils n’attendent de nous, bien souvent, qu’un sourire,
Promenant leurs corps las une canne à la main,
Sous notre humble regard, ils semblent rajeunir
Et leurs yeux pétillants redeviennent écrins.

Si vous la rencontrez habillée de dentelles
Ou lui, endimanché dans un costume gris,
Rappelez-vous, demain, vous serez tout comme elle :
Les cheveux argentés… Et vous, messieurs, aussi !

 

Publié dans POEMES

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