Destinée
Je suis née pour mourir ; il faudra que je meure.
Mais, avant que mon âme ne s’envole aux cieux,
Avant qu’au sablier du temps ne sonne l’heure,
Je veux encore aimer, avant l’ultime adieu.
Et je veux me griser des splendides matins
Ou du soleil couchant qui baptise le port,
Cheminer dans les bois, m’enivrer du parfum
Des embruns de la mer aux couleurs de l’aurore.
Je veux pouvoir, aussi, dans l’ombre des jardins,
Cueillir le mimosa, la rose ou la lavande,
Quand la brume est d’argent et enlace les pins
Et qu’un vent épicé fait frissonner la lande.
Quand l’orée de l’automne en ses feuilles jaunies,
Emprisonne, en ses rets, les vestiges d’été,
Sous le galop léger des larmes de la pluie,
A la tombée du jour, j’apprendrai à t’aimer.
Quand l’hiver s’éternise en frissons obstinés
Et nous chasse, transis, sous la neige et le vent,
Je me réchaufferai près de la cheminée
Attendant, près de toi, le retour du printemps.
Voleront les années, passeront les hivers,
De l’été au printemps, près du chat angora,
Puis, comme un écolier, mon âme buissonnière
Sous la voûte étoilée, une nuit, s’en ira.
Je reviendrai hanter tes splendides matins,
Humer les mimosas, les roses, les lavandes
Et la brume d’argent enlacera les pins
Quand, au vent épicé, frissonnera la lande.
© extrait de J’AI CONJUGUE LE TEMPS - ISBN N° 978-2-9538961-1-4