La nuit
Chaque jour, il revient pour s’unir au levant,
De ses doigts amoureux, il caresse le monde,
Puis le soir, ses rayons embrasant le couchant,
Plonge ses ongles d’or en des gorges profondes.
Dans le noir océan, il enfonce ses guêtres
Et son âme altérée lentement s’y dissout ;
L’horizon s’obscurcit, des étoiles vont naître,
Un silence frileux insinue ses dessous.
Si l’ombre s’embellit d’un sourire lunaire,
Il ne reste plus rien, sous la voûte nocturne,
Que l’ourlet noir du ciel qu’habille le suaire
De la nuit étoilée, aux clins d’œil taciturnes.
Alors, la pipe aux lèvres, le vieux paysan
S’assoupit, apaisé par la chaleur de l’âtre,
Tandis que s’épaissit un silence pesant
Que berce, lancinant, l’harmonica d’un pâtre
© extrait de J’AI CONJUGUE LE TEMPS - ISBN N° 978-2-9538961-1-4