Varsovie
Varsovie est si loin ! Varsovie ne sait plus…
Ses rues, ses boulevards, ses murs, ses avenues
Ont oublié le temps où les heures comptaient,
Où la mort, toute nue, pathétique, passait.
Ils furent des milliers qui marchaient lentement :
Tant d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants,
S’ils n’étaient de nulle part, allaient n’importe où,
Ils voulaient, aux affronts, ne plus tendre la joue !
Infortunés, épris d’un pays chimérique,
Ne s’imaginaient pas ce destin bafoué,
Ils voyaient Varsovie en nouvelle Amérique,
Mais, au nom de la race on les a immolés !
Il aurait fallu fuir cette patrie infâme,
Avant que de plonger en suprême agonie,
Avant que, sous leurs pas, ne s’allument des flammes
Consumant, à jamais, leurs vies et leur esprit !
Pour ne pas oublier leur destin infernal,
Il faut nous rappeler tout ce qu’ils ont vécu,
Car le fiel du crapaud, si ce n’est point fatal,
Est le glaive pervers des bourreaux, des vendus !
Quand l’humaine folie, en ses rêves maudits,
Fait appel à celui qu’elle nomme « mon dieu »
Et qu’au nom de ce père, aidée du « Saint-Esprit »,
En répandant la haine, elle allume des feux,
Pensez à Varsovie ! Comme à l’agonie lente
Des hommes torturés, aux femmes qu’on éventre,
Rappelez-vous, aussi, tous ces enfants perdus…
Ne dites plus jamais : « c'est dieu qui l'a voulu ! »
© Extrait de J’AI CONJUGUE LE TEMPS - ISBN N° 978-2-9538961-1-4